Curriculum vitae d’un historien d’ici/dans/
Gérard Gertoux
Né à Lyon en 1955
Après avoir obtenu un diplôme d’ingénieur physicien à l’Institut National Polytechnique de Grenoble en 1979, j’ai travaillé quelques années au Centre microélectronique de Philips à Caen. J’ai quitté la carrière très prenante d’ingénieur et j’ai passé un CAPES de physique en 1985 pour devenir professeur certifié. J’ai commencé mes recherches historiques en 1989, elles ont été validées par un Master2 en Archéologie et histoire des mondes anciens en 2005 à la Maison de l’Orient (Université Lyon2). Elles auraient aussi dû être validées par un doctorat, mais la première soutenance envisagée pour fin 2007 (Maison de l’Orient), puis celle de début 2010 (INALCO), ont été annulées lorsque certaines personnes mal intentionnées ont fait connaître à des membres du jury mon appartenance religieuse.
Recherches historiques sur le nom de Dieu
Ma première recherche a concerné un sujet brûlant: connaître l’origine de la vocalisation du nom de Dieu, à savoir: Jéhovah ou Yahweh. Je me suis d’abord initié à l’hébreu (J. Weingreen – Hébreu biblique. Méthode élémentaire 1984 Éd. Beauchesne Religions) puis au grec (J.W. Wenham – Initiation au grec du Nouveau Testament 1989 Éd. Les Classiques Bibliques) afin de pouvoir comprendre et compiler les articles sur cette question. Désireux de ne pas commettre de contresens dans ce que je lisais, je fréquentais les spécialistes des Sources Chrétiennes à Lyon et ceux du CATAB (Centre d’Analyse et de Traitement Automatique de la Bible à Villeurbanne). Après 2 ans de recherche, mes conclusions rejoignaient celles de la plupart des spécialistes: la vocalisation Yahweh, quoique incertaine, semblait la plus vraisemblable. Il me semblait cependant incompréhensible que Dieu, vu l’importance qu’il accorde à son nom (« que son Nom soit sanctifié »), ait négligé d’en préserver la prononciation. Cela paraissait d’autant plus intriguant que la préservation du texte avait été exceptionnelle. Pour Bernard Barc, l’expression pas un point sur le i ne passera, en Matthieu 5:18, devait même être prise « à la lettre » (logique!). Pour clore cette recherche, j’ai posé une ultime question à Philippe Cassuto sur la vocalisation Adonay du tétragramme avec les points voyelles e, a, et je me rappellerai à tout jamais sa réponse: personne ne sait vraiment d’où viennent ces points voyelles e, a, car ceux de Adonay sont évidemment a, o, a. J’ai évidemment précisé que j’avais lu cette explication (a,o,a devenant e,a pour des raisons grammaticales) dans toutes les grammaires de l’hébreu, mais il m’a simplement répondu: Eh bien c’est faux, même si c’est marqué partout! En lisant sa thèse sur l’hébreu de Spinoza, j’ai aussi découvert que ce célèbre philosophe juif avait rédigé une grammaire hébraïque dans laquelle il utilisait Jéhovah, un vocable interdit et soi-disant faux! Après cet électrochoc, j’ai décidé de commencer une recherche de type universitaire.
Pour faciliter mon accès aux manuscrits conservés dans les fonds anciens j’ai créé en 1991 l’Association Biblique de Recherche d’Anciens Manuscrits. À partir de 1992 j’ai suivi les cours d’hébreu des professeurs des Sessions de langues bibliques, dispensés à l’Académie des langues anciennes par Elie Cohen et Jean Margain. J’ai aussi bénéficié des conseils de Christian Amphoux pour le grec et d’Ursula Schattner-Rieser pour l’araméen. Je me suis ensuite perfectionné en hébreu massorétique avec Jean-Claude Haelewyck et en langue sémitique avec Georges Bohas à l’Institut des Langues Anciennes.
Durant toute la durée de mes recherches, j’ai bénéficié des conseils de nombreux spécialistes réputés. Dès le début, Joseph Trinquet et Henri Cazelles (membre de la Société d’égyptologie, ancien secrétaire de la Commission biblique pontificale, directeur d’études à l’EPHE, membre associé de l’Académie royale de Belgique) m’ont accordé une attention bienveillante. Henri Cazelles9, par exemple, a régulièrement référencé mes documents à la Bibliothèque Œcuménique des Sciences et Études Bibliques de Paris:
Je vous remercie vivement de m’avoir envoyé votre « In Fame only? » d’une grande richesse de documentation. Je vais le déposer à la Bibliothèque Biblique pour le plus grand profit des chercheurs… Avec mes félicitations et remerciements.
D’autres spécialistes m’ont prodigué des remarques: sur l’ougaritique (André Caquot), sur le babylonien ancien (Jean Bottéro), sur l’absence de fondement de la prononciation Yahweh (David N. Freedman), sur la fidélité du texte massorétique (Bernard Barc), sur les préjugés et les tabous concernant la vocalisation du nom (Jean Margain), sur le fait que le qeré du tétragramme était SHeMa et non ‘aDoNaY (Thomas Römer), sur le fait que le nom divin était prononcé Iaô au 1er siècle avant J.C. (Dominique Barthélemy), sur quelques références erronées (Étienne Nodet), sur la pluralité des vocalisations du tétragramme (Colette Sirat), sur la vocalisation Y(e)houa du tétragramme écrit en hiéroglyphes (Jean-Claude Goyon) qui doit être transcrit y-h-w3 (Jean Leclant), sur les variations phonétiques de l’hébreu ancien (Ziony Zevit), sur le sumérien (Florence Malbrant-Labat), sur la datation des papyrus chrétiens (Christian Amphoux), sur l’ancienneté de la Septante (Claude Tresmontant), sur le fait que l’inscription: e-u-wa te-o-se en syllabaire chypriote peut correspondre à Yehowa Théos (Pierre Grelot), etc. Grâce à la collaboration très courtoise de tous ces universitaires, j’ai pu bénéficier de leurs compétences, plusieurs d’entre eux m’ont même manifesté leur appréciation, parfois élogieuse, concernant la qualité de mon travail:
- André Chouraqui (traducteur de la Bible) m’a personnellement félicité et a cité mon travail dans son livre Moïse (Éditions du Rocher 1995 page 161).
Encouragé par ces remarques positives venant de spécialistes, j’ai décidé en 1998 de publier mon travail sous forme d’un livre intitulé: Un historique du nom divin. Un nom Encens. Les réactions des éditeurs et des médias furent nettement moins enthousiastes. Le directeur des éditions Gabalda, par exemple, me téléphona pour m’assurer de son accord, en me précisant qu’il avait choisi de faire paraître mon travail dans les Cahiers de la Revue Biblique pour avoir une plus grande audience qu’un simple livre. Il me précisa néanmoins qu’il attendait l’accord du directeur de la publication pour pouvoir me publier (accord qui lui fut refusé). Les éditions L’Harmattan acceptèrent de me publier, mais les réactions au service de presse en disent long sur l’évaluation d’un travail de recherche par les médias. Parmi les 20 propositions d’offre à des revues religieuses, 20 réclamèrent le livre, ce qui constituait un retour exceptionnel. Cependant aucune n’a accepté de faire paraître un article (même pour informer de l’existence du livre) à l’exception de la Revue Juive de Genève:
Elément central du service religieux, le nom divin donne ici lieu à une intéressante étude sur ses origines, ses diverses facettes, son pouvoir et ses dérivés, dans le judaïsme et le christianisme. Après avoir passé brièvement sur la connaissance du Nom, son expression et son blasphème, l’auteur fait un parcours historique d’Adam à nos jours. Il explore les manières de s’adresser à D. (supplication, incantation), les problèmes de transcription et de vocalisation, l’expression du Nom dans le monde juif et dans le monde chrétien jusqu’aux traductions récentes de la Bible (Brigitte Sion in: RJ du 7 avril 2000 page 24).
En fait, certains de ceux qui avaient apprécié ce travail m’avaient aussi prévenu d’une difficulté peu avouable:
Face au silence (censure) unanime des médias, j’ai décidé en 2002 de faire paraître mon travail aux États-Unis sous le titre: The Name of God Y.eH.oW.aH Witch is Pronounced as it is Written I-Eh-oU-Ah Its Story aux éditions University Press of America. Le résultat ne fut guère plus probant, puisque je n’obtins qu’un seul article de Won W. Lee du Calvin College:
This detailed treatment of the Name is useful for those who are interested in the history of its translation over the centuries (Religious Studies Review Vol. 29:3 2003 p. 285).
Je m’expliquai cette faible réactivité par deux facteurs: mon sujet était trop lié aux Témoins de Jéhovah et les médias ignoraient l’appréciation officieuse des spécialistes qui restait inaccessible au public, même bien informé (voir la lettre de la Société Biblique de Genève).
Recherches chronologiques
Pour faire reconnaître officiellement mes compétences en archéologie et en histoire, je décidai en 2003 de faire valider mon travail par une thèse de doctorat et je choisis un sujet qui m’avait toujours passionné: l’utilisation de synchronismes historiques datés par l’astronomie pour obtenir des dates absolues et transformer une chronologie relative en chronologie absolue. Durant l’année 2004 je passai mon Master1 (partie gauche, partie droite) puis mon Master2 à la Maison de l’Orient. J’obtenais les résultats suivants:
| Intitulé du cours | Responsable | Note | Appréciation |
| Religion, espace et communication | Marie-Thérèse le Dinahet | 16 | Excellent |
| Pouvoir, norme et contrôle social | Yves Roman | 15 | Bon travail |
| Rome et l’hellénisme | Yves Roman | 16 | Travail original |
| Archéologie et histoire | Michel Debidour | 14 | Travail synthétique intéressant |
| Initiation à l’hébreu biblique | Dominique Gonnet | 15 | Bon niveau |
J’ai soutenu mon mémoire intitulé: L’œil de l’histoire : la chronologie. Les éclipses dans l’antiquité : approche scientifique d’une chronologie absolue devant les professeurs Yves Roman et Michel Debidour. Puis, pour poursuivre mon travail, Yves Roman m’a suggéré de rechercher un directeur de thèse qui soit un spécialiste de l’histoire de l’Orient, puisque la majorité des documents utilisés faisaient référence à des éclipses babyloniennes. J’ai donc contacté Pierre Villard qui a accepté de diriger ma thèse.
Pour développer mon approche scientifique d’une chronologie absolue, j’ai utilisé les seuls travaux disponibles sur ce sujet, ceux d’Hermann Gasche. Après avoir lu mon travail, il m’a répondu dans un email du 2006/12/06:
Bonjour et merci pour votre envoi qui me paraît d’un intérêt considérable. En ce qui me concerne, je ne me suis occupé que de la chronologie mésopotamienne du 2e millénaire avant notre ère, en respectant toutefois l’ensemble des paramètres disponibles; mais je ne suis ni philologue ni astronome, raison pour laquelle nous nous sommes mis à plusieurs pour l’approche de ce projet. Votre travail, dont j’ai lu avec intérêt les passages que vous m’avez fait parvenir, mérite à coup sûr d’associer, à votre jury, un astronome intéressé par les problèmes historiques. Je vous propose donc l’un des coauteurs du « Dating », Vahe Gurzadyan (Erevan et La Sapienza) qui sera beaucoup plus près de l’essence de votre travail. Je suis convaincu qu’il sera passionné par votre travail et, surtout, qu’il sera infiniment plus utile et plus compétent que moi.
Vahe Gurzadyan étant malheureusement trop occupé, j’ai contacté Jean-Paul Parisot qui a accepté de devenir professeur référent en astronomie dans mon jury.
Mon directeur de thèse, très enthousiaste par rapport à mes travaux, notamment ceux de la chronologie achéménide, me proposa de soutenir cette thèse pour la fin 2007. Je remettais donc vers août 2007 des copies de mon mémoire intitulé: Les phénomènes astronomiques datés associés aux synchronismes: approche scientifique d’une chronologie absolue aux six membres de mon jury: au directeur Pierre Villard (chronologie achéménide), aux deux rapporteurs Francis Joannès (chronologies babylonienne et assyrienne) et André Lemaire (chronologie israélite), à David Alan Warburton (chronologie égyptienne), à Michel Debidour (chronologies grecque et romaine) et à Jean-Paul Parisot (astronome).
Tout se déroulait normalement jusqu’en septembre 2007, moment où les membres de mon jury ont reçu des courriers qui dénigraient le travail préliminaire effectué lors de mon Master2 et, fait plus grave, qui révélaient mon appartenance religieuse en prétendant que je voulais infiltrer l’Université (sic). Mon directeur de thèse, Pierre Villard, m’a alors informé par téléphone que le directeur de l’école doctorale, Jean-Claude Béal avait décidé, suite à ces courriers, de suspendre ma thèse et de reporter la soutenance à une date indéterminée (Pierre Villard m’envoyait un email du 2007/10/18, pour me préciser que ce report était de ma faute!). De plus, les deux rapporteurs désignés, les professeurs Francis Joannès et André Lemaire, avaient reçu des consignes leur précisant qu’il leur faudrait désormais examiner mon travail avec la plus extrême prudence. Enfin, très troublé par ces courriers impliquant mon appartenance religieuse, mon professeur référent en astronomie, Jean-Paul Parisot, décida de se retirer du jury de thèse en me révélant toutefois le nom d’une personne qui était à l’origine des courriers. Pour ne pas bloquer la soutenance, il envoya un email (du 2007/10/17) à Pierre Villard dans lequel il précisait:
J’ai verbalement donné mon sentiment à M. Gertoux sur la qualité du support astronomique de la thèse. J’ai vérifié de nombreux calculs… et je n’ai pas relevé ni d’inexactitude ni de bourdes… ce qui m’aurais amené à faire un rapport positif sur cette question (ce qui est toujours le cas actuellement). En résumé, je suis prêt à faire si nécessaire un rapport sur mon expertise astronomique -mais je me retire définitivement d’un jury futur éventuel-.
La soutenance de ma thèse, prévue pour décembre 2007, sera finalement annulée, sans motif officiel et sans trace écrite (sauf l’email du 2007/11/20). Je décidai d’informer le président de l’Université Lyon2 de cette anomalie ainsi que le recteur de l’Académie, mais je n’eus aucune réponse. Je déposai donc une plainte auprès du Procureur de la République et aussi auprès de la HALDE. La seule action de justice fut l’établissement d’un procès verbal devant un gardien de la paix, mais cette affaire fut classée sans suite (comme 79% des affaires en France) et la HALDE me répondit:
Il ressort cependant de l’examen attentif de votre dossier, auquel a procédé la haute autorité, que les difficultés dont vous faites état, et en particulier la critique de votre travail de recherche, ne revêtent pas le caractère d’une discrimination prohibée par la loi ou un engagement international.
En clair: il n’y avait pas de discrimination puisque la loi n’avait pas prévu ce cas-là. Devant tous ces refus, j’ai essayé, pour débloquer et valider ce travail, d’en publier des extraits dans des revues d’histoire (une quinzaine ont été contactées). Parmi celles qui m’ont répondu (la moitié), les réponses étaient visiblement fondées sur des préjugés. Par exemple, pour justifier son refus de publier un extrait de mon Master2, la Revue des Études Latines me fournit des arguments manifestement erronés dans sa lettre du 2008/11/25 (que je démontais dans ma réponse du 2008/12/02). De même, après avoir soumis un article sur la chronologie égyptienne à Laure Pantalacci pour une publication dans le Bulletin de l’Institut Français d’Archéologie Orientale, je reçus un email du 2008/09/27 qui précisait:
Les deux thèses principales contredisent tout ce qui a été dit ou écrit au sujet de la structure de la chronologie égyptienne. Par exemple, l’auteur maintient que pdDntyw tombe autour de la pleine lune et non autour de la nouvelle lune. Cette hypothèse est absolument impossible. L’auteur a besoin de cette hypothèse pour renverser la chronologie acceptée de la 26e dynastie et ultérieurement pour sauver la thèse selon laquelle Jérusalem a été détruite en 607 av. J.-C. et non en 587.
Donc cette thèse serait fausse parce qu’elle ne confirme pas la « chronologie acceptée (sic) » et, de plus, j’aurais besoin de sauver la thèse d’une destruction de Jérusalem en -607, ce qui prouve à l’évidence que j’étais victime d’une discrimination religieuse. Je répondais dans l’email du 2008/09/29:
Cette critique est hallucinante, car 1) mon article n’a aucun rapport avec la destruction de Jérusalem et 2) il est facile de constater selon la chronologie babylonienne utilisée dans cet article (page 4) que Nabuchodonosor a commencé à régner en 605 ce qui implique de dater la destruction de Jérusalem, lors de sa 18e année de règne (Jérémie 52:29), en 587 (= 605 – 18). Comme les seuls qui soutiennent une date de 607 av. J.-C., au lieu de 587, sont les Témoins de Jéhovah, il me semble donc évident que vos reproches trahissent des manoeuvres qui devraient normalement être étrangères à un travail scientifique.
La chronologie scientifique ne dépend pas de la religion de l’auteur.
Pour faire reconnaître mon travail, j’ai essayé de faire publier sous forme d’un livre (24 éditeurs contactés) mon mémoire de Master2, que j’ai réécrit et développé. Toutes les réponses furent négatives, certains m’indiquant cependant que leur comité de lecture (premier éditeur, deuxième éditeur) avait été divisé. J’essayai une dernière tentative: trouver un nouveau directeur en lui expliquant la situation et recommencer ma thèse. Jean-Marie Durand déclinait l’offre dans son email du 2008/08/28 en me précisant:
Votre sujet m’intéresse beaucoup, mais plus comme lecteur que comme directeur éventuel. Comme vous le savez sans doute, je suis plutôt spécialisé dans les hautes époques que dans les basses époques, voire même les très basses où vous situez vos recherches, depuis que j’ai fait cadeau à Francis Joannès (aujourd’hui à Paris I) des textes néo-babyloniens que j’avais copiés au Louvre et dont il a fait sa thèse. C’est lui, d’ailleurs, le seul vrai spécialiste cunéiforme en France des époques qui vous concernent avec P. Villard que vous semblez envisager de quitter. Sinon, il faudrait vous adresser à Pierre Briant, mon collègue du Collège qui est spécialisé dans les périodes perse et grecque. Mais j’ai peur que ce soit plutôt l’idéologie que la chronologie qui le motive. Je vous mets d’ailleurs en garde contre le fait de vous tourner vers n’importe quel assyriologue sans tenir compte de la spécificité de ses recherches.
Effectivement, la position de Pierre Briant exprimée dans son email du 2006/04/30 était celle d’un idéologue convaincu:
Sans connaître le détail de votre papier (sic!), votre hypothèse me paraît irrecevable, car tant les textes classiques que les textes babyloniens et élamites ont permis de dater les règnes des Grands rois. Les seules discussions qui subsistent ici et là sont de faible amplitude. En avez-vous parlé avec P. Villard?
Heureusement, Daniel Bodi du département d’études hébraïques à l’INALCO a accepté de diriger ma thèse en me précisant qu’il était particulièrement intéressé par la chronologie israélite synchronisée. Je profitai de cette période pour vérifier la lecture de quelques tablettes cunéiformes avec Philippe Abrahami. Je demandai l’avis d’Hermann Gasche qui m’a répondu dans son email du 2008/08/31:
Je vous remercie une nouvelle fois pour votre étude solidement structurée ce pour lequel vous méritez également d’être félicité. Je n’ai aucune critique à formuler car votre approche montre que nous sommes sur la bonne voie – c’est le plus important – et que les contestataires d’une chronologie plus longue avanceront toujours des arguments qui ne tiennent pas compte de l’ensemble de la problématique. Allez-vous publier votre travail? Et où? Si vous avez des difficultés, faites le moi savoir.
Concernant la chronologie élamite, François Vallat me répondit dans son email du 2008/10/21:
Avec mes encouragements pour continuer dans cette voie, je vous adresse, cher Collègue, l’expression de mes sentiments les meilleurs.
Concernant la chronologie égyptienne, j’ai bénéficié des compétences de Leo Depuydt et bien que nos échanges aient été nombreux et courtois, il me proposa systématiquement pour répondre à mes objections, d’accepter le fait que les multiples témoignages grecs et babyloniens étaient tous erronés (ceux concernant la succession Amasis/Cambyse, par exemple), ce que je trouvai absolument déraisonnable. David Warburton refusa dorénavant d’examiner mes recherches, car après avoir consulté Rolf Krauss, il était désormais convaincu qu’un comput lunaire débutant à la pleine lune était impossible et donc que mon travail était nul (sic).
Mon nouveau directeur de thèse, enthousiaste par rapport à mes travaux, notamment ceux de la chronologie israélite (email du 2009/02/01), me proposa de soutenir cette thèse pour la fin 2009. Il possédait déjà des copies de mon nouveau mémoire intitulé: Approche scientifique d’une chronologie absolue grâce aux synchronismes datés par l’astronomie qu’il avait transmis aux membres du jury (email du 2009/07/11): aux deux rapporteurs Francis Joannès (chronologies babylonienne et assyrienne) et André Lemaire (chronologie israélite). Deux autres membres allaient être invités: Manfred Bietak (chronologie égyptienne) et Daniel Egret (astronome).
Tout se déroulait normalement à l’exception d’une première bizarrerie en novembre 2008, lorsque Magdelena Nowotna, directrice de l’INALCO, a refusé de répondre à ma demande de dérogation pour intégrer cette école, sa secrétaire m’ayant expliqué que c’était parce que j’avais légèrement dépassé les dates de la session d’octobre. J’ai donc représenté une nouvelle demande pour la session de juillet 2009 en m’assurant que mon dossier était complet (enregistrement de ma thèse au fichier central version papier (page 1, page 2) et informatique, attestation d’inscription en doctorat et de scolarité, autorisation de mon ancien directeur à poursuivre ma thèse) et que tous ces documents étaient bien arrivés dans les temps, ce qui fut confirmé par l’email du 2009/06/22.
Dans la deuxième quinzaine de juillet, j’ai reçu une lettre de Magdalena Nowotna du 2009/07/10 m’informant:
J’ai le regret de vous informer que le Conseil de l’École doctorale réuni le 7 juillet 2009 a émis un avis défavorable sur votre demande de transfert en doctorat. D’une part, votre travail ne mentionne aucune source en langues orientales, ce qui est justement la spécificité de notre établissement. D’autre part, votre demande de transfert correspond à une 6ème année d’inscription, ce qui est jugé trop tardif par les membres du Conseil.
J’ai contacté mon directeur de thèse par téléphone, celui-ci fut consterné et me précisa qu’il se rendrait à l’École pour éclaircir cette embrouille. En effet, dans sa lettre du 2009/06/05, Daniel Bodi précisait:
Par la présente, j’accepte de diriger la recherche de M. Gérard GERTOUX en vue d’une thèse de doctorat de l’INALCO. Le candidat prépare une thèse de doctorat relevant du domaine de l’histoire ancienne. Sa recherche porte sur la chronologie d’Israël ancien selon la Bible hébraïque à la lumière des données comparatives proche-orientales.
Cette lettre contredisait donc le premier motif de refus. Le second motif est aussi erroné puisque mon ancien directeur de thèse, Pierre Villard, m’autorisait à poursuivre mon travail (en 5e année) dans sa lettre du 2008/11/28:
J’autorise par la présente M. Gertoux, inscrit en thèse de doctorat sous ma direction à l’Université de Lyon 2, à poursuivre son travail à l’INALCO, sous votre direction.
J’attendais donc la suite pour la rentrée universitaire de 2009.
Coup de théâtre, Daniel Bodi m’informa dans son email du 2009/09/14:
Le problème principal avec votre travail c’est de trouver un jury qui accepte de siéger à votre soutenance. Le jury que vous m’avez proposé n’est pas prêt à siéger pour cette thèse. Il faut trouver des professeurs qui acceptent les positions fondamentalistes que vous défendez (…) En dépit de ma bonne volonté je ne peux pas vous défendre, car je ne partage pas ce point de vue. Je vous propose donc de vous adresser aux facultés de théologie fondamantalistes baptistes comme Vaux-sur-Seine ou chez les ultra-calvinistes d’Aix-en-Provence. Je suis vraiment désolé mais je comprends maintenant la réaction de la commision doctorale de l’INALCO. Mes collègues ne voulaient pas que l’INALCO soit taxé d’école fondamentaliste. Il faudrait mettre pratiquement chaque page en perspective et en contexte historique. L’astronomie est votre seule référence extérieure et cela ne suffit pas. Bien cordialement et bonne chance dans votre recherche d’un jury approprié. P.S. Donner une appréciation « scientifique » à votre ms est très difficile: – d’un côté, vous faites preuve de beaucoup de connaissances et d’une érudition certaine dans les problèmes chronologiques, toujours difficiles, du Proche-Orient ancien, à tel point qu’une telle thèse ne peut être appréciée que par des spécialistes dans différents domaines: en particulier assyriologie et historiographie grecque pour la période achéménide, égyptologie et Bible/ancien Israël…- de l’autre, il est clair que votre travail souffre de deux maux: il est apparemment en grande partie autodidacte (d’où de graves lacunes dans la littérature secondaire et, d’une façon générale, très peu de discussions sérieuses des opinons différentes de la votre, vous avez tendance à répéter pour convaincre) et, surtout, vous avez nettement une approche « fondamentaliste » par rapport au texte biblique en ce qui concerne les problèmes de chronologie: vous savez vous montrer critique par rapport aux chronologies akkadiennes ou égyptiennes, et à leur interprétation actuelle, mais jamais vis-à-vis du texte biblique à quelque époque que cela ait pu être écrit: l’archéologie ou les autres textes du Proche-Orient ancien « confirment » toujours finalement le texte biblique ou « concordent » avec lui.
Le motif du refus avait encore changé, j’étais devenu subitement un « fondamentaliste[99]Le mot « fondamentaliste » renvoie à la religion puisque dans Le petit Robert 1 on peut lire cette définition : ‘Qui se livre à la recherche fondamentale. Qui appartient au fondamentalisme, nom d’un courant conservateur protestant aux États-Unis. Courant religieux conservateur et intégriste. Le fondamentalisme islamique’. J’étais donc classé parmi les amis de Ben-Laden ! » qui utilisait l’astronomie comme seule référence (où est le problème?). J’ai répondu dans mon email du 2009/09/19 que ces reproches étaient illogiques et, concernant les critiques très tardives à propos des chiffres du texte biblique (pourquoi ces critiques techniques ne sont-elles pas apparues avant la soutenance?), j’ai répondu:
Selon le texte massorétique, qui est d’une grande cohérence chronologique (je n’ai trouvé aucune erreur dans la période étudiée 2000-0, mais vous pouvez me signaler celles qui m’auraient échappées), Jacob serait mort à l’âge de 147 ans. C’est évidemment une donnée inexplicable dans l’état de nos connaissances, mais inexplicable ne veut pas dire fausse. Par exemple, la XIIIe dynastie comporte, selon le Canon de Turin, une soixantaine de rois qui auraient régné chacun 3,5 ans en moyenne, cette donnée inexplicable n’est pourtant pas considérée comme fausse. Concernant le fait que Joseph soit né dans la 91e année de Jacob (en -1788) cela est possible, puisque selon le texte (Genèse 28:1-10), lorsque Jacob quitta sa ville de Béershéba pour aller se marier en Harrân il avait déjà 77 ans. Un homme peut encore avoir un enfant à 91 ans, ce cas est possible, même s’il est rare, puisqu’en 1992 l’australien Les Colley, âgé de 92 ans, a eu, avec sa seconde épouse, un petit Oswald.
J’ai porté plainte devant le Procureur de la République (toujours pas de réponse à ce jour) et devant la HALDE qui m’a écrit dans sa lettre du 2009/10/02:
Je vous informe que la haute autorité est dans l’obligation de suspendre l’étude de votre dossier (…) En effet, lorsque la haute autorité de lutte contre les discriminations est saisie de faits donnant lieu à enquête pénale ou pour lesquels une information judiciaire est ouverte ou des poursuites judiciaires sont en cours, elle doit au préalable recueillir l’accord des juridictions pénales saisies ou du procureur de la République pour poursuivre l’instruction du dossier.
En résumé: la HALDE refuse de s’en occuper car elle attend la décision du Procureur de la République qui, lui, a classé l’affaire sans suite (jusqu’à ce jour). Quant au Président de l’Université et au Recteur de l’Académie ils restent aux abonnés absents. Conclusion: mon travail ne sera jamais reconnu officiellement.
Tous ces déboires m’ont permis de comprendre une énigme. En effet, bien que la chronologie soit considérée par les historiens comme étant « l’œil de l’histoire », elle n’est toujours pas enseignée à l’Université et, fait plus grave, aucune thèse de type scientifique ne lui a été consacrée. L’explication provient de la formation universitaire des historiens. Dans son livre Ce que je crois (J. Hedley Brooke – La divine science in: Sciences et Avenir hors-série 137 Le Dieu des savants. 2004 p. 11), Einstein explique que l’idée même de recherche scientifique, qui aspire à trouver des vérités ultimes, a un fondement religieux. Le scientifique « croit » que la vérité existe et qu’on peut la découvrir. La démarche scientifique est donc fondée sur le principe d’une recherche de la « vérité » (scientifique) et la chronologie rentre dans ce cadre, mais les historiens ne s’intéressent vraiment qu’à une seule histoire, la leur, la recherche de la « vérité » (historique) n’étant qu’un prétexte pour l’avancement de leur carrière. Une anecdote éclairera ce propos désabusé. Lorsque j’ai entamé la rédaction de mon mémoire de Master2, j’avais besoin de vérifier une donnée complexe sur la durée des carrières des militaires romains, j’ai donc envoyé un email à Yann Le Bohec un spécialiste de cette question. Je n’ai pas eu de réponse, mais 15 jours plus tard, Yves Roman qui dirigeait mon Master m’a convoqué pour me demander, après avoir vérifié que j’étais bien l’auteur de cet email: de cesser d’embêter les gens et de leur faire perdre leur temps. Très surpris par ces remontrances, je lui expliquais que lorsque j’avais préparé mon Diplôme d’Étude Approfondie en énergétique, au Laboratoire de Spectrométrie Physique à Grenoble (en 1978), j’avais bénéficié de la collaboration bienveillante de professeurs réputés comme Yves Ayant et Élie Belorizky, ainsi que des conseils de professeurs prestigieux comme Louis Néel et Claude Cohen-Tannoudji. Tous ces éminents spécialistes de la physique m’avaient traité comme un collègue potentiel alors que je n’étais encore qu’un simple étudiant. J’expliquais à Yves Roman que, fort de cette expérience passée, je croyais naïvement que les chercheurs en histoire et archéologie fonctionnaient selon les mêmes principes, ce à quoi il m’a répondu:
Je connais bien la Maison, la seule chose qui intéresse ceux qui travaillent ici, c’est qu’on parle d’eux. Donc arrêtez de leur faire perdre leur temps, car je ne veux plus d’ennuis.
J’ai acquiescé et promis de me soumettre aux règles de ce milieu qui était nouveau pour moi. J’ai alors repensé au passage de Jean 12:43: car ils aimaient la gloire des hommes plus que la gloire de Dieu [et de la Vérité].Pour ceux qui me jugeraient excessivement pessimiste, je les encourage à lire cet article dans lequel Jean Yoyotte, professeur honoraire au Collège de France, invoque l’action d’une mafia concernant les instances égyptologiques.
Galilée, grand scientifique, fut condamné parce que sa lecture de la Bible était différente de celle de son Église. Par un retournement de l’histoire, les scientifiques actuels qui acceptent l’idée d’un dieu créateur sont vilipendés parce qu’ils se démarquent de leur communauté majoritairement évolutionniste. Les scientifiques, en général, ne sont donc pas aussi scientifiques qu’ils le prétendent et les preuves qu’ils avancent ne sont pas aussi solides qu’ils l’affirment. Défendre sa vision du monde face à sa communauté d’origine est un pari difficile pour le scientifique croyant car, par la foi, il appartient à une communauté religieuse et, par la raison, il appartient à une communauté scientifique. Deux communautés, deux autorités, et donc des conflits dans lesquels le positionnement du chercheur devient impossible. Un proverbe africain dit fort justement: Quand les éléphants se battent c’est l’herbe qui souffre. Le sociologue Howard Becker remarque que comme à l’époque de Galilée il en est de même aujourd’hui, seuls les chercheurs « prudents », dont les travaux ne dérangent pas les instances en mesure d’imposer des sanctions (comme un refus de publication, de budgets, de locaux, etc.) peuvent librement mener leurs recherches. Cette censure des débats polémiques (ce qui est pourtant le propre du débat, comme le prouve l’étymologie de « dispute » et de « quolibet »), ou perçus comme tels, découle d’une auto censure des chercheurs, directement induite par les pouvoirs politique et économique. Les entraves à la recherche en sciences humaines révèlent donc l’évolution inquiétante de sociétés en crise, où la quête de vérité fait peur parce qu’elle contrarie les autorités en place.
Dans un pays qui s’appelle la France, un de mes ancêtres probable (un dénommé Brice Gertoux, député des Hautes-Pyrénées) a défendu les idéaux de justice affichés dans la première déclaration des droits de l’homme en 1789, et qui est encore gravée au Parc de la Tête d’or à Lyon. J’ai réalisé ce site pour partager ces recherches avec ceux qui soutiennent encore ce bel idéal de la liberté d’expression. J’invite donc à se souvenir que l’état de santé d’un système politique se mesure à sa façon de traiter ses dissidents et ses hérétiques.
